English version / version anglaise

Il n'y a que très peu d'informations sur la musique de Esperanto sur Internet. Vous en trouverez ici quelques unes que j'ai collectées. J'espère que l'on m'enverra d'autres informations (ou corrections) pour compléter ces pages web. Par exemple: paroles de chansons, photos, video, show radio et show télévisé, date et ticket de concerts, souvenirs... Merci pour votre aide et votre coopération.

"Si vous avez eu assez de chance pour voir et entendre ces douze musiciens dans un de leurs rares concerts, alors vous savez pourquoi en comparaison avec Esperanto, les groupes standards de rock sonnent encore comme dans les années 60.
Ceci est un orchestre rock. Esperanto va pénétrer votre corps et faire de bonnes choses pour votre âme."

Traduction libre de la publicité parue dans le magazine Rolling Stones (7 juin 1973, page 45).

L'histoire de Esperanto
par Gilles Arend, Prog-résiste,
parue sur les éditions CD de  Si-Wan Records

Esperanto. L’esperanto est un langage créé en 1887 de toutes pièces au départ de diverses langues romanes par Zamenhof  qui voulait en faire un outil de communication universel. Le groupe belgo-anglais du même nom eût au début des années 70 une carrière brève mais intense, avec un propos musical extrêmement varié, issu lui aussi de la diversité des influences et des nationalités de ses protagonistes.

Tout commence fin 71, avec le violoniste belge Raymond Vincent, leader historique de la formation “Wallace Collection” qui, après la dissolution de ce groupe, désire se lancer dans une aventure musicale plus audacieuse (malgré un curieux attachement au...Hard Rock). Après avoir tenté une expérience avec Daniel (Dany) Lademacher et Roger Wollaert (qui avaient quitté Kleptomania), puis avec Dirk Bogaert (de Waterloo), il entre en contact avec Bruno Libert qui termine alors ses études de musicologie et officie chaque soir comme pianiste dans divers théâtres de Bruxelles où l'on présente des comédies musicales "off Broadway", très en vogue à l'époque. Raymond expose à Bruno son nouveau projet, ainsi que quelques idées pour des morceaux en gestation, et lui fait écouter un album promotionnel, intitulé Metronomics  qu'il a écrit pour les besoins d’une campagne publicitaire. Les deux musiciens tombent d’accord pour lancer le projet, se mettent à la recherche de musiciens et découvrent les frères Malisan, deux italo-belges de la région de Mons: Gino, bassiste et Tony, batteur. Ils commencent les répétitions à quatre dans l'arrière-salle d'un petit bistrot, composent une série de morceaux et enregistrent une première démo au studio “Cathy” de Marc Aryan (chanteur belge à succès au début des années 70) dans le Brabant Wallon.

Les quatre musiciens partent avec leur démo pour l’Angleterre et y rencontrent David Mackay, qui deviendra le producteur d’une partie du premier album, mais qui fut aussi celui des “Wallace Collection” et des “New Seekers”. David est intéressé par le projet et se charge de recruter de nouveaux musiciens pour compléter le ‘line-up’ assez réduit de la première démo (violon, orgue Hammond, basse & batterie). Rapidement, il entre en contact avec Glenn Shorrock, un chanteur australien qui vit à Londres à l'époque et qui vient de quitter son groupe, The Twilights. David fait aussi écouter aux autres musiciens une série de disques de sa collection afin de dénicher des chanteuses. Raymond et Bruno sont tout de suite convaincus par le trio de choristes de Cliff Richard. David obtient un rendez-vous avec Joy Yates, Janice Slater & Bridget Dudoit (qui venaient de sortir un disque sous le nom de Bones) et les convainc sans trop de difficultés, car elles sont enthousiastes, de rejoindre l’entité en formation. Le groupe est aussi à la recherche d’un guitariste, mais également de cordes afin de soutenir le violon de Raymond Vincent. David Mackay déniche Brian Holloway, guitariste, australien lui aussi.  Comme il dirige régulièrement des sessions d’enregistrement dans les studios londoniens, David réunit assez facilement une section de cordes qui sonne moderne, à la différence des cordes belges qui sont plutôt classiques. Un second violon (Godfrey Salmon), un alto (Tony Harris)  et un violoncelliste (Timothy Kraemer) sont engagés et Esperanto première mouture est au complet.

Le producteur loue une ferme pour quelques semaines dans les Cornouailles et les douze musiciens, dont certains se connaissent à peine ou viennent de se rencontrer, commencent les répétitions. Le contact est excellent.  Dans la foulée, le groupe se retrouve dans une autre ferme en Belgique, à Houyet, pour terminer le travail des morceaux. Rentré à Londres, David Mackay emmène tout le monde aux studios Morgan pour enregistrer le premier album. Plusieurs nouveaux morceaux sont composés, dont “Black Widow” et "Publicity", qui feront l’objet d’un 45 tours, mais ne figureront pas sur le premier album. Les prises terminées, le producteur part à la recherche d’un contrat. Contact est pris avec Polydor, qui est enthousiasmé par la musique, mais pour des points de détails, les négociations échouent et le contrat n’est pas signé. Polydor investira dans un autre groupe qui monte, et fera carrière: Slade. Finalement, après des mois de recherches et une rencontre avec Herp Alpert et Jerry Moss, un contrat est enfin signé pour trois albums avec A&M. Le premier album “Esperanto Rock Orchestra” voit le jour en 1973.

Dans la foulée, des contacts sont pris avec des managers de tournée et Esperanto peut commencer une série de concerts, en Angleterre d’abord, en première partie de Sha na na (aussi chez A&M à cette époque), avec des prestations au Roundhouse, Shaw Theatre, Rainbow de Londres, mais aussi à Newcastle, Manchester, Liverpool... La tournée est difficile, le public de Sha na na n’étant à priori pas celui d’Esperanto et, malgré une critique acerbe parue dans le fameux “Melody Maker” qui les taxe de pseudo hippies, la tournée se poursuit en Europe, avec les Strawbs cette fois. Le groupe fait aussi une série d’enregistrements live pour la RAI à Rome, Naples et Turin qui seront diffusés à la télévision italienne. Esperanto n’est cependant pas au courant du chiffre des ventes de son album et se base sur les réactions du public pour en apprécier l’accueil.

Rentrés en Angleterre, les douze musiciens se réunissent à nouveau, cette fois dans un château au Pays de Galles et s’isolent pour préparer l'album suivant. Le choix des fermes et autres châteaux ou lieux retirés s’est toujours imposé, vu le nombre de musiciens d’Esperanto et la difficulté logistique de regrouper tout ce monde dans une salle de répétition à Londres. Le château gallois est, comme il se doit, hanté, et son atmosphère étrange se retrouvera dans la musique de ce qui deviendra le deuxième album du groupe (un titre intitulé “The Castle” y figure d’ailleurs ). Après plusieurs semaines de répétitions dans les caves du château, le groupe enregistre les premières bandes et grave un disque acétate qu’il présente à A&M, mais le projet est refusé par la maison de disques. La situation se dégrade alors quelque peu dans le groupe. Glenn Shorrock, nostalgique, décide de retourner en Australie (il fut bien inspiré puisqu’il connaîtra le succès jusqu’aux États-Unis avec son groupe Little River Band). A&M demande alors à Peter Sinfield (poète parolier de King Crimson et d'ELP, et traducteur des textes de Premiata Forniera Marconi - PFM) de produire le nouvel album. Peter accepte et amène un nouveau chanteur:  Keith Christmas. Ce chanteur (qui fera une carrière par ailleurs) a un style très différent, plus introverti et davantage axé vers la musique folk, mais prendra la relève de Glenn Shorrock. Une nouvelle maquette est présentée à A&M, avec des morceaux différents ou réarrangés, chantés par Keith Christmas (sur l’acétate c’était Glenn Shorrock qui les interprétait - des morceaux inédits figurent sur cette réédition CD). Cette fois, A&M accepte. Les trois chanteuses sont encore dans le groupe mais elles ne tarderont pas à le quitter, tout comme Brian Holloway, ce qui explique que ces quatre membres d'Esperanto ne figurent plus (même s'ils jouent en partie sur l’album) au dos de la pochette de “Danse Macabre”.

Le deuxième disque d’Esperanto, “Danse Macabre”, voit le jour en 1974. Si, sur le premier LP, le groupe était manifestement à la recherche de son style, avec des influences pop, rock, classique et progressives, ce nouvel opus est beaucoup plus homogène, plus progressif, et le climat en est très sombre... L’atmosphère du Pays de Galles et du château hanté a fortement influencé les musiciens et imprégné l’ambiance du nouvel album. Pour l’anecdote, signalons que le 33 tours, sortira en France  sans le morceau “Danse macabre”, les ayants droits de Saint-Saëns refusant de donner leur accord à la publication. Peter Sinfield, le producteur, se sera impliqué très fortement dans cet album. Il racontera dans une interview qu’il y avait laissé tellement d’influx qu’il avait refusé ensuite de produire le premier Supertramp.

Toujours par l’intermédiaire de managers, A&M prépare la tournée suivante. C'est Magma (autre artiste A&M, alors peu connu en Angleterre)  qui passera en première partie. La tournée les emmène dans la plupart des grandes universités du pays. Une nouvelle fois, le groupe n’a aucune information sur les ventes de l'album; il ne verra jamais la couleur des royalties qui auraient dû être versées par le label, et se base sur le succès des tournées et sur les rentrées de droits d’auteur pour apprécier la portée de son impact.

Pour la préparation du troisième album, le personnel va évoluer considérablement. Keith Christmas s’en est allé, pour divergences musicales et parce que le groupe recherchait un “frontman” plus expressif pour le représenter sur scène. Le groupe se retrouve cette fois à Londres,  et passe diverses annonces dans les journaux, dont le fameux “Melody Maker” (où Genesis recruta Steve Hackett). Esperanto auditionne et embauche par ce canal le chanteur Roger Meakin. Son timbre vocal très particulier en fera le partenaire idéal de Kim Moore (engagée par le même biais), leurs voix se mélangeant à la perfection. Les prises d’enregistrement du troisième album auront lieu en partie à Londres et en partie au célèbre château d’Hérouville, en France (où enregistrèrent Jethro Tull, Elton John et bien d’autres). L’album “Last Tango” est produit par Robin Geoffrey Cable (ingénieur et producteur, notamment pour Queen, Genesis, Van Der Graaf Generator, Elton John et Carly Simon). Il paraît en 1975.

Cette fois, le groupe semble avoir trouvé son équilibre, aussi bien musical qu’humain, et la tournée qui s’ensuit est une réussite totale. De nombreux festivals célèbres viennent émailler les dates, comme Bilzen, Newcastle, Reading et bien d’autres. Le groupe possède également une résidence au Marquee: un concert de la formation est automatiquement programmé tous les dix ou quinze jours dans la célèbre salle londonienne pendant plusieurs mois. Les tournées européennes sont tout aussi riches en succès, avec un concert mémorable au Paradiso d’Amsterdam et une prestation au Festival de Montreux (en Suisse), avec PFM.

Alors que le groupe semble avoir trouvé son rythme de croisière, que le succès commence à poindre (malgré une complète ignorance des ventes réalisées), le label A&M ne renouvelle pas le contrat. Esperanto est effondré, persuadé que sa musique fait des adeptes, vu notamment le succès grandissant des concerts. Il faut savoir que la situation en Angleterre en 73-74 n'est pas brillante. Suite à la crise pétrolière, le coût de fabrication des vinyles a fortement augmenté (témoin, le poids des disques qui baisse considérablement) et les labels ont surtout tendance à écrémer leurs sociétaires, se gardant bien d’en engager de nouveaux et de prendre des risques dans cette conjoncture très défavorable, sans oublier la fameuse grève  des mineurs britanniques qui dure neuf mois, paralyse le pays, et ne contribue certes pas à euphoriser le marché. Esperanto fut sans doute aussi victime de sa formule, car même dans sa composition “réduite” du dernier album, il comptait encore huit musiciens et un staff technique important qu'il fallait loger, nourrir et abreuver. Le coût des tournées est très élevé, et les exigences techniques inhérentes à ce genre musical élaboré nécessitent un matériel sophistiqué  (difficulté d'amplification des cordes, etc.). Le groupe est donc cher à entretenir et, comme c’est souvent le cas, les règles du profit immédiat dictent la décision d'A&M et jouent aux dépens des qualités artistiques.

Le contrat est rompu assez brutalement par A&M qui entre en litige avec le groupe, et cette rupture précipitera la fin définitive d’Esperanto, laissant cependant en héritage trois magnifiques albums , tous différents et aux qualités indéniables, que ces magnifiques rééditions vous permettront de (re)découvrir. D’aucuns comparèrent Esperanto à un groupe comme ELO, à cause des deux violons et du violoncelle, mais force est de reconnaître que le propos musical d’Esperanto est autrement plus varié et plus inventif, et qu'il plonge ses racines dans de multiples influences, à l’image des nombreux protagonistes du projet.

Le seul regret que l’on puisse avoir, au regard du talent des auteurs et de leur évolution musicale, est que le groupe n’avait sans doute pas dit son dernier mot. Nous étions en 1975, et si plusieurs groupes phares de rock progressif ou autres, avaient déjà écrit leur grande œuvre, la porte restait ouverte et toute une série de groupes au talent indiscutable pouvaient encore se frayer un chemin vers la notoriété, car on était toujours en plein âge d’or de la musique rock et progressive qui n’allait finalement s’estomper que quelques années plus tard.

Qu’importe, le temps à fait son œuvre et, surtout, ne boudons pas notre plaisir. Après des années d’attente et grâce à de patientes recherches, vous avez enfin entre les mains un rare témoignage du passé. Puissiez-vous trouver dans l'écoute de cette musique autant de plaisir que les musiciens ont eu à la jouer en son temps.

Compléments à l'histoire d'Esperanto

Edouard Meinbach donne des information complémentaires:
J'étais le guitariste du groupe lorsque les répétitions commencent dans l'arrière-salle d'un bistrot en face des Arts et Métiers de Bruxelles. Je jouais déjà dans un groupe rock avec Bruno Libert qui s'appelait Convention. J'ai répété plus d'un an avec Bruno, Raymond et les frères Malisan. J'ai également joué toutes les parties de guitare sur le premier album démo enregistré au studio de Marc Aryan. Lorsqu'il a fallu prendre la décision de quitter la Belgique pour l'Angleterre, j'ai refusé car j'étais en deuxième candidature de journalisme à l'ULB
(Université Libres de Bruxelles) et je ne voulais pas sacrifier mes études pour le groupe. Ce qui à l'époque fut très mal pris par Bruno et Vincent, ce que je peux comprendre après une année complète de répétition. J'ai néanmoins rejoué avec Raymond Vincent en 1975 lorsqu'il est rentré en Belgique. Il avait compris ma position et m'avait pardonné.

Discographie

Cliquez sur les icônes des disques sur la barre de navigation à gauche pour connaître plus d'informations sur les disques d'Esperanto et voir les autres informations.

Tous les CDs sont épuisés. Mais avec un peu de patience vous les trouverez certainement sur eBay or GEMM pour $15 à $30.


Interview

Ecoutez un extrait (en anglais) d'une interview fait par Tony Hadland (au format RealPlayer): 
Bruno Libert et Raymond Vincent qui expliquent pourquoi Raymond a créé cet orchestre de rock anglo-belge

Vous pouvez même commander l'interview complète sur K7 ou CDr auprès de Tony et Rosemary Hadland, reportez-vous sur leur site web.


Crédits
Ce site est maintenu par Claude Wacker en Suisse. Il serait très heureux de recevoir vos suggestions, corrections et nouvelles informations. Les messages en français, anglais et allemand sont les bienvenus.

Droits d'auteurs
Les photos des albums et les extraits audio sont reproduits avec l'aimable autorisation de Glenn Vincent (fils de Raymond Vincent) et Bruno Libert.
Gino Malisan, Janice Slater and Timothy Kraemer ont apporté leur aide et donné des informations pour ce site web. L'histoire de Esperanto a été reproduite avec la permission de Gilles Arend. Mille mercis à eux!!
Si vous pensez que des informations présentées sur ce site web violent des droits d'auteurs, n'hésitez pas à me contacter et je serai heureux de corriger le problème.

 

© Claude Wacker - 2000-2014